Le sable dans l’industrie : une ressource en danger ?

Dans Matériaux par le 2 juillet 2019Pas de commentaire

Pour le grand public, il symbolise avant tout la plage et les périodes de vacances. Ce matériau granulaire ne repose pas seulement sous nos doigts de pied en éventail durant l’été, en effet il est exploité de manière intensive et son avenir est loin d’être garanti. Découvrons de quelles façons nous tirons profit de ces grains, les effets de la surconsommation du sable dans l’industrie et les moyens d’échapper à la catastrophe.

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Les sources du sable et les facteurs de son épuisement

L’origine du sable

En grande majorité, le sable est extrait des carrières de sable et de gravier (granulats roulés) et de roches dites massives (roches ornementales et granulats concassés). S’ajoutent à ces granulats ceux qui sortent des berges et anciens lits de rivières, il s’agit en l’occurrence du sable alluvionnaire. Chaque année, au total, on estime que 40 milliards de tonnes de sable sont extraites, ce qui en fait la troisième ressource la plus consommée après l’air et l’eau.

Les usages du sable en industrie

Le sable est essentiellement utilisé dans le domaine de la construction aux 4 coins du monde. Cela étant, d’autres activités font appel aux vertus de ces granulats. Il s’agit notamment de la technique industrielle dite du sablage. Elle n’est pas liée à la construction à proprement parler, mais a un rapport avec le bâtiment puisqu’elle permet entre autres d’entretenir les façades des habitations.

Par ailleurs, le sable rentre dans la composition du verre, des pneus ainsi que des puces électroniques. C’est l’extraction du silicium qui permet de confectionner les microprocesseurs que l’on retrouve dans beaucoup de nos appareils du quotidien. Sans oublier l’utilisation du sable dans le secteur agricole, ce dernier agissant directement sur la fertilité des sols.

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Le sable utilisé dans la construction

Dans le domaine de la construction, le sable est principalement utilisé pour l’élaboration de mortiers, de béton et de remblais. Si l’avenir de ce matériau s’assombrit, cela s’explique aussi par le fait que les grains n’ont pas tous les mêmes caractéristiques et que certains ne peuvent pas être exploités par les industries.

C’est du sable normalisé CEN, EN 196-1, défini par rapport au sable de référence CEN dont on tire profit dans la composition du ciment. Un matériau que les utilisateurs de machines d’occasion BTP et plus généralement les professionnels de la construction connaissent par cœur. Le béton, constitué principalement de ciment et de sable, n’aurait pas la même tenue sans ce matériau granulaire, il serait trop perméable et manquerait de densité. Cela étant, comme nous le verrons dans une autre partie, plusieurs alternatives permettent de s’abstenir de ce béton spécifique et de s’affranchir de la consommation de sable.

Les pays consommateurs

L’exceptionnel développement ces dernières décennies de la Chine n’est pas sans conséquence sur le plan environnemental. Ses besoins pharaoniques en ciment en font le plus gros client (et de loin) des fournisseurs de ces sables industriels, il consomme à lui seul 60% de la production mondiale. En Asie, d’autres pays sont aussi responsables de l’épuisement de ce matériau qui demeure bien plus utile que ce que le grand public soupçonne. On songe notamment à Singapour, qui importe illégalement du sable depuis le Cambodge et devrait continuer à présenter des besoins conséquents la prochaine décennie pour étendre son territoire artificiel.

L’exemple de Dubaï est bien plus médiatisé : des reportages ont mis en exergue les aménagements vertigineux du minuscule émirat qui a eu lui aussi eu recours aux importations massives de sable pour bâtir ses îles artificielles. Mais ce territoire du désert ne s’est même pas servi dans les environs, il a dû importer un granulat adapté au BTP, son sable bien trop rond et léger se révélant impropre à la construction. Il est facile de fustiger cet état, or, nous contribuons aussi à l’épuisement du sable de par nos modes de consommation. La France consomme annuellement pas moins de 450 millions de tonnes de granulats, incluant sable et graviers, pour combler tous ses besoins en termes de construction. Cela représente sept tonnes par an pour chaque habitant, soit 20 kilos journaliers !

Les conséquences de la surexploitation

Des effets dévastateurs sur le paysage et l’environnement

Faut-il réellement s’attendre au pire ? Il y a déjà des effets constatés de manière empirique qui font froid dans le dos ! 24 îles ont disparu en Indonésie et plus de 7 plages sur 10 disparaissent de notre planète. Des pays sont même menacés, à l’instar des Maldives qui pourraient n’être qu’un souvenir paradisiaque d’ici 2100. Quid des conséquences sur la faune ? Les navires auxquels font appel les sociétés qui extraient le sable sont responsables de la destruction de l’habitat naturel d’innombrables espèces sous-marines.

La mafia impliquée

Quant aux journalistes et aux militants qui se risquent à dénoncer les pratiques illégales, ils sont susceptibles de connaître un funeste destin à l’image de celui de Jagendra Singh en 2015. Selon sa fille, on l’aurait réduit au silence suite à son enquête sur le Ministre des Affaires Sociales indien. Le journaliste indépendant accusait ce membre du gouvernement d’être lié à l’extraction illégale de sable de rivières ainsi que de corruption de policiers.

Construire de manière durable : les alternatives au sable

Ce tableau alarmiste que nous avons peint vise surtout à alerter l’opinion et à montrer qu’un changement de modèle pourrait permettre d’éviter les effets dévastateurs anticipés par les spécialistes. En premier lieu, il n’est pas forcément nécessaire de faire une croix sur le béton. Favoriser l’utilisation d’un béton différent aiderait sans aucun doute à diminuer la consommation de sable. Nos efforts en la matière n’en sont qu’à leurs balbutiements ; à titre d’exemple seuls 10% des déchets de construction font l’objet d’un recyclage dans l’Hexagone.

Ensuite, il faut savoir que la robustesse du béton peut trouver un concurrent ! Deux Français ont mis au point une argile aussi solide que ce matériau de BTP, une solution largement plus écologique et économique qui pourrait susciter l’attention des professionnels. Peu onéreux, le verre broyé constitue lui aussi une alternative particulièrement intéressante. Un autre matériau bien plus durable a son mot à dire ces prochaines années : le pisé, une technique de construction écologique millénaire. Le principe ? Compacter de la terre crue et battue, qui aura au préalable été légèrement humidifiée, dans un coffrage en bois, donnant lieu à un mélange solide exploitable pour créer des murs sans soutien.

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