Parc National des Calanques, l’envers du décor !

Dans Environnement, Pollution par le 23 juillet 2018Pas de commentaire

C’est l’été il fait chaud, vous allez peut-être descendre dans le sud de la France. Si vous passez par Marseille pour visiter le Parc National des Calanques, attention aux zones de pollution ! Entre les rejets en mer de l’usine de Gardanne, les rejets des stations d’épuration et les différentes autres pollutions de l’homme au quotidien (déchets, cigarettes, assiettes plastiques etc.) vous risquez d’être déçu. Pourtant le potentiel est énorme ! Il faudra du temps pour refaire de ce lieu une réserve marine digne de ce nom, et préserver une faune et une flore exceptionnelle. Explications sur les dangers qui pèsent sur le parc…

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Cinquante ans de pollution légale dans les limites du parc

Le 28 décembre 2016, les associations FNE 13, FNE PACA et France Nature Environnement ont déposé un recours devant le tribunal administratif de Marseille contre l’autorisation préfectorale accordée à Altéo pour ses rejets en mer. Notre demande : réduire le délai de dérogation accordé à l’industriel pour mettre ses rejets liquides aux normes et respecter les valeurs limites d’émission fixées par la loi pour de nombreux polluants.

Si les rejets des boues rouges stricto sensu ont cessé au 31 décembre 2015, la pollution continue pourtant, le préfet ayant accordé pour 6 ans une dérogation aux valeurs limites de rejets de polluants tels que l’aluminium, l’arsenic ou le fer contenus dans la fraction liquide des résidus qui continuent d’être rejetés en mer. Des dépassements autorisés atteignant parfois des valeurs plus de 1000 fois supérieures aux seuils imposés par la loi !

Disparition du corail rouge, gorgone jaune…

La Méditerranée, mer fermée, est soumise à des pollutions diverses alors qu’elle recèle un patrimoine unique. Afin de protéger les écosystèmes de la pollution, ainsi que la biodiversité (qu’elle soit commune ou exceptionnelle), le Parc National des Calanques a été créé en 2012. « Contenir la pollution des sols des anciens sites industriels de Marseille » est l’un de ses objectifs.
Cependant il a bien été spécifié dans son décret de création que les rejets de boue rouge étaient admis jusqu’au 31 décembre 2015. En précisant « boues rouges », le rédacteur a anticipé : Altéo ne rejette plus de boues rouges (seulement leur fraction liquide), elle pollue encore, mais ce n’est pas contraire aux objectifs du Parc National. Or, les fosses sous-marines, dont la fosse de Cassidaigne, constituent un écosystème particulier reconnu.

© Hervé Thedy

© Hervé Thedy

Pour l’Agence des aires marines, ce sont « des zones très riches avec des remontées d’eau très chargées en nutriments qui favorisent notamment la concentration de mammifères et d’oiseaux. Ils forment des habitats remarquables, notamment par la présence de coraux profonds d’eau froide et d’espèces biologiques particulières (poissons, crustacés, cnidaires) » comme le corail rouge et le gorgone jaune. Ou encore le corail blanc. Cette espèce endémique méditerranéenne a besoin de conditions stables pour vivre : un substrat rocheux, une température de 13° C, une obscurité totale et un flux continu de particules pour s’alimenter. Lors de sa campagne de 2015 L’Ifremer observe que les coraux blancs de la fosse de Cassidaigne sont affectés par les boues rouges.
Marseille est un haut lieu de la plongée sous marine en France. Si des efforts ne sont pas consentis rapidement (comme l’utilisation de bouées d’ancrage sur les sites majeurs et très visités) l’attrait de la ville sous l’angle marin puisse décliner rapidement

Des études préoccupantes

La bauxite, matière première du processus de fabrication, est un composé naturel de substances toxiques (métaux lourds et métalloïdes) et radioactives (uranium, thorium). Lorsque les déchets de production sont envoyés en mer, ce cocktail se diffuse dans le milieu et contamine la chaîne alimentaire. Suite à la mobilisation des associations et des collectifs, la ministre commande des études complémentaires au dossier présenté par l’exploitant. Elles sont réalisées par des organismes publics : Ifremer, Anses et Brgm.

Lors d’une campagne de mesures menée en 2015, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) identifie 11 éléments chimiques toxiques (Aluminium, Cadmium, Cobalt, Chrome, Nickel, Manganèse, Mercure…) aux taux anormalement élevés dans les chairs des poissons. Selon l’Anses il y a plus de poissons contaminés à l’Arsenic dans la zone de rejet que dans les autres zones testées. L’Arsenic est cancérogène et augmente le risque de mortalité par accident vasculaire cérébral.
La quantité de plomb dans la chair de ces poissons est également inquiétante, ce métal lourd étant neurotoxique, responsable de saturnisme ou encore de retard héréditaire dans le développement cérébral. Moins connu du public, le Vanadium, radioactif, est très présent dans les poissons vivants près du point de rejet. Il peut entrainer la survenue de cancers et de troubles digestifs.

Investir pour exploiter sans polluer les calanques

Les phases liquides et solides sont aujourd’hui dissociées et ne suivent pas le même chemin, mais de manière générale nous demandons à ce que le suivi environnemental de ces effluents soit effectif, avec présentation régulière des résultats de ce suivi – notamment à la future Commission de suivi de site et au Conseil scientifique du Parc National des Calanques.
Les déchets solides sont stockés sur le site de mange Garri et créent des nuisances pour les voisins. Ce site est aujourd’hui mal géré, (en atteste la Mise en Demeure de Septembre 2015) et nous demandons à ce que soit améliorée la récupération des eaux de ruissellement ; que les installations de pompage soient mises aux normes et que les eaux du site soient gérées dans des bassins étanches aux normes. Sur les rejets liquides en mer, les investissements déjà réalisés doivent impérativement être complétés par des mesures complémentaires de traitement de l’eau, comme le préconise le rapport du BRGM sur les techniques à utiliser.

Une menace pour les espèces locales

Les espèces envahissantes sont des espèces introduites par l’homme. A terre, elles résistent aux conditions de vie difficiles du littoral méditerranéen : sécheresse, vent, embruns… Se propageant rapidement, elles sont en compétition avec les plantes locales dites « indigènes ». En mer, elles n’ont que très peu de prédateurs et des modes de reproduction propices à leur extension accélérée.
Après la destruction des milieux naturels, la prolifération d’espèces exotiques est considérée comme l’une des causes majeures de perte de biodiversité dans le monde. Voici les espèces envahissantes dans le parc des calanques : Les Griffes de sorcière, L’Agave d’Amérique, La Luzerne arborescente, Le Figuier de Barbarie

 

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