Google abat 250 000 arbres en Finlande pour construire un data center

250 000 arbres abattus sur 330 hectares : en Finlande, le chantier d’un futur centre de données de Google a provoqué une controverse environnementale majeure. Le 6 octobre 2026, les autorités ont demandé l’arrêt des travaux préparatoires sur deux sites, faute d’évaluations d’impact environnemental achevées. Derrière ce projet à plusieurs milliards d’euros se pose une question : la croissance de l’intelligence artificielle peut-elle justifier une telle transformation des milieux naturels ?
Deux chantiers de Google stoppés par les autorités finlandaises
À Muhos, dans le nord du pays, environ 250 000 arbres auraient été abattus sur 330 hectares. À Otanmäki, près de Kajaani, une écologue de l’Association finlandaise pour la conservation de la nature estime que 150 000 arbres supplémentaires ont été coupés. Ces chiffres restent des estimations, mais l’ampleur du déboisement est considérable.
La Finnish Licensing and Supervision Authority (LVV) a ordonné à Tuike Finland, société représentant Google, de suspendre les opérations modifiant sensiblement l’environnement jusqu’à la fin des procédures d’évaluation. Les travaux engagés comprenaient notamment l’enlèvement de la couche superficielle du sol, l’aménagement de routes et la modification de fossés. Les études et relevés réversibles pouvaient toutefois se poursuivre.
Google affirme avoir arrêté les préparatifs concernés et reconnaît ne pas avoir respecté ses propres exigences. Son responsable finlandais a présenté des excuses, tout en expliquant que l’entreprise s’était fondée sur son interprétation de la législation. L’affaire concerne des projets inscrits dans un programme d’investissement de 13 milliards d’euros en Finlande.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Arbres abattus à Muhos (estimation) | 250 000 |
| Surface déboisée à Muhos | 330 hectares |
| Arbres abattus à Otanmäki (estimation) | 150 000 |
| Replantation envisagée à Muhos | 130 hectares |
| Investissements annoncés en Finlande | 13 milliards d’euros |
Une forêt ne se remplace pas par une simple plantation
Au-delà des arbres disparus, les travaux ont affecté les sols et les habitats naturels. Des riverains de Muhos ont signalé des écoulements d’eau brunâtre vers un cours d’eau relié au fleuve Oulujoki. Il s’agit d’observations rapportées par la presse, qui ne permettent pas à elles seules de quantifier une pollution.
Google prévoit de planter des arbres sur 130 hectares à Muhos. Mais une plantation récente ne restitue pas immédiatement les fonctions d’une forêt existante : stockage du carbone, habitats pour les espèces, fonctionnement des sols et régulation de l’eau. La destruction préalable aux évaluations d’impact prive surtout les autorités et les habitants d’une analyse complète avant les transformations les plus lourdes.
Une pétition ayant recueilli plus de 93 000 signatures réclame un encadrement plus strict des centres de données et des mécanismes de compensation pour les communautés touchées.
Data centers et IA : une consommation de ressources en hausse
La controverse dépasse la Finlande. Les centres de données mobilisent de l’électricité, des équipements et, selon leurs systèmes de refroidissement, de l’eau. Google indique que la consommation électrique de ses centres de données a augmenté de 27 % en 2024, malgré des progrès d’efficacité. L’entreprise précise aussi avoir réduit de 12 % les émissions liées à leur énergie cette année-là.
Pour Gemini, Google a publié en 2025 une estimation de l’empreinte d’une requête textuelle médiane. Ces données éclairent une partie des usages, mais ne constituent pas un bilan complet de l’IA : elles ne décrivent ni toutes les requêtes ni l’ensemble des effets de la construction des infrastructures. Leur méthodologie n’a pas été vérifiée par un organisme indépendant.
| Indicateur | Estimation Google |
|---|---|
| Électricité consommée | 0,24 Wh |
| Émissions de gaz à effet de serre | 0,03 g CO₂e |
| Eau consommée | 0,26 ml |
Comme le rappelle notre article sur les leviers de réduction de l’empreinte de l’IA générative, la multiplication des usages peut annuler une partie des gains obtenus par requête. La question centrale n’est donc pas seulement l’efficacité d’un serveur, mais aussi le nombre d’infrastructures construites et leur implantation.
Quel avenir pour un numérique réellement durable ?
L’affaire finlandaise révèle une contradiction : les technologies présentées comme utiles à la transition écologique peuvent provoquer des dommages locaux immédiats. Les engagements climatiques de Google ne dispensent pas l’entreprise d’évaluer les conséquences de ses chantiers avant d’intervenir.
Études d’impact préalables, protection des milieux naturels, transparence sur les consommations et participation des habitants devraient constituer des conditions incontournables. Car une transition numérique ne peut être qualifiée de durable si son développement se fait au détriment des écosystèmes qu’elle prétend aider à préserver.
Liste des ressources & liens utiles
- The Guardian — Google faces questions over felling of trees for Finnish data centres, 6 octobre 2026. Article consacré à la suspension des travaux en Finlande et aux obligations d’évaluation environnementale. Consulter l’article du Guardian
- The Guardian — Enquête publiée le 22 octobre 2026 sur l’abattage d’environ 250 000 arbres à Muhos, les conséquences environnementales des projets de data centers de Google et les réactions locales. Consulter l’enquête du Guardian
- The Next Web — Article publié le 26 octobre 2026 sur la controverse environnementale entourant les projets de data centers de Google en Finlande, les surfaces déboisées et la mobilisation citoyenne. Consulter l’article de The Next Web
- Google Cloud — Measuring the environmental impact of AI inference, août 2025. Étude technique présentant les estimations de consommation électrique, d’émissions de gaz à effet de serre et d’utilisation d’eau associées à une requête textuelle médiane de Gemini. Consulter l’étude de Google Cloud
- Google — Environmental Report 2025 — Rapport environnemental annuel présentant notamment la consommation énergétique des centres de données, les émissions de gaz à effet de serre et les engagements climatiques de l’entreprise. Consulter les rapports environnementaux de Google
- Google — Environmental Report 2026 — Rapport environnemental annuel présentant les évolutions de la consommation énergétique des infrastructures numériques, les engagements de décarbonation et le développement des capacités d’intelligence artificielle. Consulter le rapport environnemental 2026
- Agence internationale de l’énergie (AIE) — Energy and AI, avril 2025. Rapport consacré à la consommation électrique des centres de données, aux besoins énergétiques de l’intelligence artificielle et aux perspectives d’évolution de la demande mondiale. Consulter le rapport de l’AIE
- Commission européenne — EUR-Lex — Directive 2011/92/UE concernant l’évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l’environnement. Texte de référence sur les études d’impact environnemental au sein de l’Union européenne. Consulter la directive européenne
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